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"A fleur de toi"
Les sentiments sont une chose compliquée, ils sortent leurs griffes et les plantent dans votre chair lorsque vous vous y attendez le moins, ils vous consument peu à peu, vous laissent comme une âme en peine derrière une façade de jovialité débordante. Le trait était tellement grossi qu'il n'arrivait pas à concevoir que personne ne l'ait encore démasqué, lui l'homme malheureux dans ce corps débordant de bonne humeur. Le moindre trait de son visage, plutôt poupin, transpirait l'allégresse, alors que toutes les cellules de son corps priaient pour se retrouver seules et enfin pouvoir se laisser aller.
Cette amour lui était tombé dessus comme ça, un beau matin, aucun panneau ne l'avait prévenu de ce qui allait lui arrivé, aucun signal ne s'était mis à clignoter dans sa tête. Ce jour là, il l'avait découverte autrement, comme s'il la voyait pour la première fois. Il s'était surpris à l'observer durant la journée, à respirer la fragrance de son parfum quand elle passait à ses côtés, à admirer l'ondulation de ses cheveux bouclés, à imaginer la poitrine qui se cachait derrière son chemisier blanc. Il ne lui avait pas fallu longtemps pour mettre un nom sur sa pathologie : la maladie d'amour. Il avait essayé de chasser cette idée de sa tête, à maintes et maintes reprises, mais l'amour ne se dompte pas, il agit à sa guise, comme un animal féroce insatiable tant qu'il n'a pas capturé sa proie. "Sa proie", il n'avait jamais pensé à elle comme telle, il la respectait trop pour ça. Il savait pertinemment qu'elle vivait avec quelqu'un, même si cette histoire était chaotique, mais malgré cela elle le hantait, partout, tout le temps, de jour comme de nuit. C'est à ce moment là qu'il avait commencé à surfer sur Internet, pour l'oublier, et à faire des rencontres. Il ramenait souvent des filles chez lui, toutes plus bizarres les unes que les autres, puis s'échappaient quelques heures avant de se réveiller avec de parfaites inconnus à ses côtés. La plupart du temps il ne se souvenait même pas de leurs prénoms, mais il espérait toujours trouver celle qui lui ferait oublier Violet, même si une petite voix au fond de lui susurrait que c'était impossible et qu'il faisait surtout ça pour ne pas se retrouver seul le soir, dans cet appartement qui ne lui avait jamais semblé si sombre. Ses amis le trouvaient immature mais aucun d'entre eux ne voyaient au-delà de l'image qu'il renvoyait, personne ne savait ce qui se cachait derrière le miroir.
La peine et la douleur vous engourdissent, paralysants la moindre partie de votre corps, mais ils ignorent ce que vous traversez. Puis un jour une lueur se met à briller dans la pénombre, elle sort d'une histoire éprouvante et vous êtes là pour elle, vous l'écoutez et la consolez sans rien demander en retour, si ce n'est qu'elle ne cesse de vous réchauffer le coeur, comme quand vous la serrez dans vos bras. Vous espérez que quand elle sera remise de son échec sentimental, elle s'apercevra que vous êtes là, à côté d'elle, que vous existez et que vous l'aimez. Mais les jours passent et elle ne voit toujours pas, comme si un esprit maléfique vous empêchait d'apparaître dans son champ de vision. Pire, elle ne cesse de vous confier ses peines de coeur, alors que vous rêvez de lui parlez des vôtres, mais vous ne pouvez pas résister, chaque larme qui perle sur son visage est un supplice, alors vous l'écoutez, encore et toujours. Au fil des jours l'espoir faiblit, vous vous trouvez lâche, vous doutez, pensant que vous avez tout raté dans votre vie. Vous ne pensez pas pouvoir tombé plus bas mais une fois de plus la vie vous joue un mauvais tour. Un soir vous avez trop bu, vous tentez de l'embrasser mais elle vous repousse, le pire qui pouvait vous arriver, elle s'éloigne loin de vous comme un rêve passager. Vous sauvez les apparences mais votre coeur vient d'être piétiné, la femme que vous aimez vous a rejeté en rigolant, se demandant probablement comment un type comme vous a pu penser qu'il aurait une chance avec quelqu'un comme elle. Vous pensez bien à couper les ponts mais vous savez très bien que ne plus la voir serait pire, alors vous restez son ami à défaut d'être son amant, priant tout de même qu'un jour vous parviendrez à surmonter votre peur et que vous lui crierez votre amour, que vous poserez vos lèvres sur les siennes pour y déposer un doux baiser, et que cette fois elle ne vous repoussera pas.
FIN
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